De nombreux principes et règles justifiés par "les usages locaux, loyaux et constants" ainsi que différents paramètres de la production viticole, régissent les opérations de taille de la vigne en Champagne et la plupart des AOP. Les différents systèmes de taille sont décrits de façon précise dans le cahier des charges de l’appellation, et la "taillerie" reste au coeur du métier de vigneron, ne serait- ce que par le temps que ce dernier y consacre dans l’année, au cours des mois d’hiver.
Mais lorsque surviennent des accidents climatiques destructeurs (gel, grêle), la machine bien huilée se grippe… le respect de règles "gravées dans le marbre" se complique singulièrement. Les choix qui s’offrent aux vignerons se restreignent drastiquement. Les options qui se dessinent selon la gravité des dégâts constatés sont diverses et d’ordre technicoéconomique (recépage, arrachage/ replantation, sauvegarde/ reconstruction).
Dans cet article nous nous recentrons sur les dégâts de gelées et la reconstitution des ceps en deux ans. Cette pratique peut sauver les ceps concernés et se substitue avantageusement à des opérations de remplacement par replantation, coûteuses et dont la réussite reste bien souvent aléatoire.
Les gelées impactant l’intégrité des ceps
Deux types de gelées peuvent affecter le vignoble plus ou moins gravement. Les plus rares en fréquences sont les gelées d’hiver susceptibles d’être impactantes (inf. à -15 °C) à destructrices (inf. à -18 °C) selon certaines conditions.
Schématiquement, elles se manifestent de deux façons :
- une baisse anormalement forte des températures très en deçà des moyennes statistiques de la région et du niveau de résistance de la plante. On entre dans le cycle des gelées dites trentenaires, inf. à -20 °C. Exemple : janvier 1985 avec températures inf. à -20 °C/-25 °C durant plus de quinze jours,
- une baisse brutale des températures avec une forte amplitude en très peu de temps de plus de 20 °C en 48 h, après une période de levée de dormance bien engagée (montée de sève et gonflement des bourgeons) qui fragilise les tissus de la plante. Prenons pour exemple la gelée du 19 et 20 décembre 2009 passant brutalement de températures positives à -18/-20 °C en moins de 48 h. Ce type de gelée est plus fréquente et survient tous les 10 à 15 ans.